Le raid Paris – Persépolis – Paris en dyane

Après avoir mis en lumière le raid Paris – Kaboul – Paris, voici un témoignage de Loic Demarion, concurrent du raid Paris – Persépolis – Paris réalisé en 1971. Ce grand raid Citroën, il a réalisé avec une dyane.

La dyane Citroen, baroudeuse dans l’âme

Avez-vous toujours été un fan de 2cv ?

Oui, ma première deuche provenait du service à l’action sanitaire sur le port de Marseille. Je l’ai acquise aux domaines pour la somme de 600 F en 1967.

Comment avez-vous eu connaissance du raid Paris-Persépolis-Paris organisé par Citroën en 1971 ?

Par la radio en 1970, juste après le raid Paris Kaboul

Avec qui faisiez-vous équipe ? 

Avec ma femme (qui ne l’était pas encore)

Comment avez-vous financé ce voyage ? 

Nous l’avons financé avec ma femme, ça correspondait à un mois de travail chacun.

Quels sont les pays que vous avez traversés ? Combien de temps a duré le raid ? 

Le raid a duré 1 mois (août 1971). Nous avons traversé la France (Marseille Paris puis Paris Nice), l’Italie, la Yougoslavie (Croatie, Bosnie, Monténégro etc.), la Grèce, la Turquie, l’Iran, la Bulgarie, l’Autriche, l’Allemagne et la France.

Quel était le contexte politique de l’époque dans les pays traversés tels que l’Iran ? 

Le shah d’Iran était encore au pouvoir. L’accueil des iraniens était très chaleureux avec une réception faramineuse. La France était encensée à l’époque. A l’entrée des villages on voyait des banderoles « à nos amis français, soldat de la civilisation ».

Parlez nous du Camp du Drap d’Or* à Persépolis, comment avez vous fait pour rentrer dans ce camp avant l’arrivée des chefs d’état ?  

*En 1971, le shah Mohammed-Reza célèbre le 2500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse à Persépolis, dans le sud de l’Iran. Il réunit en plein désert, sous 50 tentes luxueuses climatisées les dirigeants de la planète, ravitaillés par des traiteurs parisiens, qui envoient quotidiennement les repas par avion: ils sont servis dans de la porcelaine de Limoges spécialement dessinée pour l’occasion. La France est représentée par le premier ministre Jacques Chaban-Delmas. Le peuple iranien est totalement absent. Sauf des milliers de militaires iraniens, déguisés en soldats perses, qui défilent devant la tribune officielle sous un soleil écrasant.

 Après être arrivé en retard à un contrôle en Grèce pour avoir secouru un équipage accidenté, et ayant perdu toute possibilité de victoire, j’ai décidé d’arriver le premier à Persépolis. Mais ayant confié le volant à ma femme, celle ci s’est endormie et on n’a pas été les premiers. Comme j’étais étudiant architecte, en arrivant, j’ai rencontré le décorateur français qui s’occupait du camp du drap d’or avec ses ouvrières françaises. La presse attendait l’arrivée du ministre pour avoir les autorisations de visiter le camp. Je me suis fait passer pour un des journalistes qui était parti lassé après 2 heures d’attente. C’est ainsi que j’ai pu entrer à l’arrivée du ministre. A l’inverse des journalistes qui avaient une DS orange bien visible, et qui avaient l’interdiction de filmer ou prendre des photos, je suis entré discrètement dans la voiture du décorateur, connue des ouvriers du chantier. Cela m’a permis de photographier le camp avant tout le monde. Hélas je n’étais pas assez malin pour avoir négocié ces photos…

Préparation de la dyane pour le raid

Décrivez nous la 2cv que vous avez utilisé pour le raid ? Quelle a été sa préparation ? Est-elle revenue entière ? 

J’avais acheté cette dyane aux domaines pour la somme de 4.200 F un mois avant. Elle avait appartenu à un vieil italien décédé sans descendance connue en France, à Gazeran, et la ville a fait vendre cette voiture, qui avait 600 km, par les domaines. N’ayant pas les moyens d’équiper cette voiture, car Citroën demandait qu’on parte avec des pièces de rechange qui auraient couté au moins 3000 F, j’ai pris 2 chambres à air et 5 jeux de vis platinées et c’est tout. J’ai équipé la voiture d’une protection de pare brise et de phare en bricolant un grillage entouré d’un joint de pare brise et d’une plaque de protection sous le moteur. Et on est parti comme ça. A part un poteau ayant endommagé le phare avant en Iran, la voiture est revenue saine et sauve.

Au cours de ce voyage, quel pays vous a le plus enthousiasmé ? 

Je dirai tous à partir de la Yougoslavie. Cependant je garde particulièrement un bon souvenir de la Turquie avec ses paysages qui, comme en France, sont nombreux et variés, ainsi que des déserts iraniens impressionnants de chaleur (60°C quelquefois).

Quelle a été la pire difficulté pour vous pendant ce raid ? 

  • Une panne en pleine montagne de Bosnie, alors que nous étions complètement isolés sur une route en dehors de l’itinéraire prévu.
  • La montée laborieuse d’une montagne d’un désert iranien, en première, sous 60°C. L’essence se vaporisait avant d’arriver au carbu… Il fallait s’arrêter tous les 100 m, verser de l’eau sur le carbu, redémarrer et recommencer l’opération pendant 3 heures.

Par la suite avez-vous effectué d’autres grands voyages ou raid en 2cv ? 

J’ai failli faire celui du Paris Dakar l’année suivante mais comme il se faisait en équipes, et que nous avions bien aimé ne pas être affiliés à un groupe, nous y avons renoncé. J’avais déjà fait un 1er périple en 1970 avec ma première 2 cv, le tour d’Espagne à quatre avec ma sœur, 1 cousin et 1 cousine (je ne connaissais pas encore ma femme). On a fait le tour de la moitié de l’Espagne, descente par la côte est jusqu’à Malaga et retour par Cordoue, Madrid et Barcelone.

la photo illustrant l’article, provient d’un livre écrit par Pierre Lacasta ancien participant de ce raid mythique. Ce livre que Monsieur Lacasta diffuse lui même est le premier sur ce raid et est sorti pour les 40 ans de cette grande aventure en 2011. En envoyant un mail à l’auteur (parispersepolis2cv@orange.fr) vous pouvez commander ce livre avec une jolie dédicace au prix de 29,90 euros plus 6 euros de frais de port.

2 commentaires sur “Le raid Paris – Persépolis – Paris en dyane

  1. Quand les Français étaient traités comme des Rois en Iran…

    Intéressant témoignage d’une époque où les Français étaient traités et célébrés comme des Rois dans l’Iran du moderniste et féministe Shah, souverain éminemment francophilie.
    Époque totalement révolue depuis la Révolution islamique de l’imam de Neauphle-le-Château, le sinistre ayatollah Khomeini, hôte choyé du félon Giscard.
    Qu’y a « gagné » la France (en trahissant le francophile Shah d’Iran au profit des francophobes et occidentophobes ayatollahs ): des attentats à la bombe à Paris (dès les années 80), des otages français au Liban et des soldats tués en masse comme au Drakkar à Beyrouth…
    Et dire que beaucoup en France, surtout parmi la classe médiatico-politique, ne savent toujours pas faire la différence entre leurs ennemis déclarés (les ayatollahs, commanditaires d’attentats meurtriers anti-français) et leurs amis les plus sincères (le Shah et les royalistes persans)!

    Chahpour, exilé perse, Paris, France

  2. bonjour chahpour,

    et merci pour ton commentaire très intéressant. je connais très peu l’histoire de l’Iran et je pense que c’est bien dommage. J’ai appris à connaître ce pays en regardant un film ou plutôt un dessin animé intitulé Persépolis de Marjane Satrapi. Dans ce film on voit bien les changements politiques que l’Iran à pu connaître avec son lot de révolte et de chamboulement pour la population. Tu l’as peut être vu ce film?
    dans ton commentaire on peut voir que la france à peut être joué un rôle dans les changements de ce pays (ou peut être ton ancien pays). parfois les dirigeants politiques prennent des décisions très controversées au dépends de l’équilibre d’un pays et aussi sous prétexte d’avoir quelques barils de pétrole en plus. Tout ce jeu machiavélique géopolitique nous dépasse vraiment!!

Les commentaires sont fermés